
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode du PODCAST « Le Manager est un Humoriste comme les Autres »
Aujourd’hui, pas d’humour. Non, pas d’humour, car pour moi, l’ambiance n’est pas trop à la rigolade.
J’ai effectivement été très touché par les événements concernant les manifestations lycéennes et étudiantes, pour la vie chère, mais aussi par les émeutes et les pillages qui ont eu lieu ce week-end, les 17 et 18 octobre 2026 en France.
Touché parce que, comme beaucoup de gens de ma génération, nés dans les années 70, nous ne pensions pas un jour voir autant de violence dans notre pays. Des Français qui s’en prennent à d’autres Français. Des citoyens français, hommes, femmes, enfants, qui saccagent, qui volent, qui pillent. Certains pour détruire au nom d’un idéal politique, certains pour faire face à une vie chère et d’autres simplement pour faire comme les copains, parce que c’est rigolo.
Je pourrais avoir un mot pour les lycéens et étudiants qui sont rendus inaudibles par cette barbarie, par ce manque de civisme et de civilité.
Mais je n’y arrive pas, parce que je suis sidéré. Sidéré par cette sauvagerie que nous n’avons jamais imaginée à hauteur d’une telle violence.
Les experts de plateaux télévisés, militants ou responsables politiques nous expliquent que tout cela vient du libéralisme, de l’injustice sociale, bla, bla… OK. Pourquoi pas. Pourtant je m’interroge.
Je suis le petit-fils d’un rescapé d’un génocide, qui comme d’autres arméniens n’avait rien en arrivant parce qu’ils avaient tout abandonné en partant, qui ne parlait pas la langue en arrivant en France, qui a du s’intégrer dans une culture différente et qui, comme d’autres émigrés italiens, espagnols ou portugais, a pourtant décidé de construire une famille de citoyens français.
J’ai vécu dans les quartiers nord de Marseille où je suis allé à l’école avec des personnes de toutes origines. Certains ont tracé leur route comme tout autre citoyen. D’autres sont morts à cause de leurs activités peu recommandables. J’ai vu la misère sociale quand j’étais en centre social dans ces mêmes quartiers nord en tant qu’animateur, autant que j’ai vu la joie de vivre dans notre cité et d’autres alentours.
Parmi toutes ces personnes avec qui j’ai grandi, qu’elles soient de ma famille ou pas, quelle que fût notre condition sociale, aucune, je dis bien aucune, n’aurait jamais eu l’idée, ne serait-ce qu’une seconde de venir saccager des commerces ou de venir se servir dans des magasins à peine éventrés.
Quelle que fût la situation des personnes au travers desquelles je me suis construit, deux choses résistaient à tout : le respect, et la dignité.
Où en est on aujourd’hui ?
Lorsque nous sommes ainsi bousculés, ébranlés, sidérés, je crois que c’est là que nous réalisons que le monde est en train de changer. Surtout lorsque l’on peut voir que les mêmes exactions se sont produites en Italie par exemple.
Suis-je devenu vieux avant l’âge ? Je crois que l’on commence à se sentir vieux lorsque nous nous sentons dépassés par des causes, par des événements ou par des actes qui nous font nous dire : « Je suis vraiment trop vieux pour ces conneries« . Pour ceux qui ont la ref, hein…bon.
Comment nous rassurer ?
Lorsque nous devenons jeunes adultes nous avons tendance à croire que le monde est né avec nous, avec nos valeurs, et qu’avant, c’était un monde complètement différent.
Pour dépasser cela, se replonger dans la littérature ou dans certaines paroles d’artistes ou d’hommes politiques du passé peut nous permettre de réaliser que, finalement, nous perpétuons parfois un cycle lié à notre humanité.
Cela peut être à la fois réconfortant, tout autant qu’inquiétant.
Réconfortant parce que l’on se dit que, finalement, le monde s’en est remis. Oui, même si ces choses-là ont déjà été vécues, parfois de manière bien plus douloureuse, le monde s’en est remis.
Ça, c’est le côté positif. Le côté plus négatif, c’est celui qui nous amène à réaliser que, finalement, nous n’avons peut-être pas tant avancé que ça et que nous sommes encore dans une boucle d’éternel recommencement.
C’est la lecture de commentaires de certains de mes contacts Facebook, tous dans la cinquantaine, qui m’a fait me souvenir du discours d’Albert Camus en 1957, lorsqu’il reçoit le prix Nobel. Plus précisément, c’est le discours qu’il prononce lors du banquet donné en son honneur, le 10 Décembre à Stockholm qui m’est revenu à l’esprit.
Cet homme était-il visionnaire ou simplement avait-il le coeur immergé dans l’idée qu’être humain c’est aussi vivre hors du temps ?
Je vais vous laisser avec un extrait de ce discours qui, me semble-t-il, résonne aujourd’hui tel un tonnerre assourdissant avec une modernité étonnante. Ce texte m’a donné l’espoir : il nous reste tant à faire ensemble. Nous ne sommes pas pire que nos prédécesseurs. Mais nous pouvons encore ralentir et stopper notre propre chute.
Le voulons-nous vraiment ?
Je n’ai pas le recul académique, historique ou littéraire pour analyser ce texte.
Je n’ai que mes ressentis. Je vous laisse donc avec les vôtres.
Bonne écoute.
Discours d’Albert Camus – Banquet du Prix Nobel, Hôtel de Ville de Stockholm, 10 Décembre 1957
[…] Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. Héritière d’une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd’hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l’intelligence s’est abaissée jusqu’à se faire la servante de la haine et de l’oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d’elle, restaurer, à partir de ses seules négations, un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d’établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu’elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d’alliance. […] Texte Intégral.
Si vous avez aimé le contenu de ce billet, n’hésitez pas à me solliciter. Je serais ravi de venir jouer mon spectacle ou bien une conférence improvisée, conférence dont j’ai le secret, lors du prochain événement que vous allez organiser pour vos collaborateurs, pour votre comité de direction ou tout simplement pour vos partenaires professionnels. Sinon, il vous reste les ateliers Force et Leadership, pardon (Accent Anglais) Force & Leadership, des ateliers pour les dirigeants et managers, des femmes et des hommes, de bonne volonté, courageux, hyper-compétents, mais qui ont le sentiment de n’avoir plus aucune prise sur rien et qui souhaitent vraiment décupler leur impact sur l’engagement de leurs collaborateurs.
À très bientôt.
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