REGARD (Sur une société qui se maltraite) – Chapitre 19 – Vivre

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Vivre

Bon alors c’est sûr, je râle, je peste, je théorise et je cherche des explications. Mais dans le fond, je me dis que chacun a le droit de vivre sa vie comme il l’entend. Nous avons tous des vécus différents, des éducations et des sensibilités différentes avec une perception du monde elle aussi différente.

Sortir du jugement est peut-être une des premières pistes pour qu’au final nous maintenions notre civilisation. En sortie de déconfinement des gens se ruent dans les magasins. Bon. Peut-être ont-ils le droit de s’abandonner à leurs pulsions comme tout un chacun. Je n’aime pas ça, mais que puis-je y faire ?

Peut-être que globalement, notre société a encore besoin de cela. Peut-être qu’il faut donner du sens à cela pour le dépasser plus tard et construire une société plus juste. Peut- être a-t-on besoin d’absurdité pour donner un sens à nos vies en les rendant moins absurdes.

Peut être que nous ne pouvons pas, en effet, tous être Mère Thérésa et que chacun doit faire ce qu’il a à faire. Peut-être que parce que certains agissent de manière absurde, d’autres qui les observent prendront le contrepied, en pensant le monde, pour au final faire avancer les choses.

Peut-être que moi-même je suis amené à parfois agir de manière absurde aux yeux de certains. Si ça se trouve, je n’accepte pas ma propre faiblesse d’être humain. C’est peut- être le REGARD que j’ai sur moi que je devrais changer, plutôt que d’en porter sur la société.

C’est peut-être finalement moi qui me maltraite en m’empêchant d’accepter le monde tel qu’il est. En refusant de m’accepter tel que je suis. Peut-être devrais-je laisser tomber toutes ces idées, ces réflexions ainsi que cette hyper- exigence que je m’inflige depuis si longtemps. Je n’ai pas eu le choix à l’époque. Trop fragile et trop sensible, la droiture et l’excellence étaient des outils pour survivre dans un monde qui était bien trop flou et mouvant pour moi.

Je compensais mon déséquilibre intérieur par une rigidité extérieure. La manque abyssal de confiance en moi me poussait à toujours donner le meilleur de moi-même pour me rassurer sur le fait que j’avais bien une place à prendre dans ce monde. Mais ça, c’était avant. Maintenant que l’équilibre est rétabli, je ne suis plus obligé de m’accrocher à tout cela et à tous ces vieux réflexes. Je ne suis plus obligé de m’accrocher à mon histoire, à mon éducation, aux traditions en tant qu’excuses.

En début d’ouvrage je posais la question : « Qu’est-ce que j’ai fait pour ce monde après tout ? » Je me souviens de ce surfeur qui témoignait dans un documentaire à propos de personnes ayant choisi de mener une vie en proximité avec la nature. Il disait quelque chose du style : « Sur le papier, surfer sur des vagues n’a aucun sens et cela n’apporte rien à la planète. Mais est-ce que peindre comme le font les peintres apporte directement quelque chose à la planète ? Je suis comme un peintre. Mon pinceau, c’est ma planche. Je fais ce que j’ai à faire, je surfe et c’est ma manière de participer au monde. » J’ai trouvé ce discours très inspirant. Si je suis son raisonnement, ce que j’ai fait dans ma vie n’était peut-être pas fait de manière altruiste pour le monde, mais cela a peut-être contribué au monde.

Qu’ai-je donc fait ? Je crois pouvoir dire que jusqu’à présent : j’ai appris, j’ai transmis, j’ai essayé d’évoluer, j’ai été respectueux. J’ai demandé pardon quand j’ai déconné, j’ai pardonné quand c’était possible, j’ai essayé de reconnaître mes erreurs. J’ai créé de la musique et des spectacles, j’ai essayé de ne pas transmettre mes peurs à mon fils, j’ai aimé, j’ai pris soin des miens. J’ai essayé d’être un bon ami, un bon fils. Je me suis soigné et j’ai voulu réparer mes erreurs. J’ai aidé des gens à atteindre leurs objectifs, j’ai donné du temps et de l’énergie. J’ai transmis sans discrimination et sans jugement. J’ai partagé, j’ai appris à recevoir. J’ai dit merci et j’ai dit bravo.

Peut-être me suffit-il de continuer ainsi sans avoir à tout le temps pousser les curseurs à fond et à m’infliger de nouveaux défis par principe, pour « réussir » ou par quête de reconnaissance. Peut-être que contribuer au monde c’est simplement contribuer à sa vie, avec son entourage, de la manière qui nous semble la plus juste vis-à-vis de qui nous sommes vraiment.

Je ne suis peut-être plus obligé d’être aussi dur envers moi- même.

Je pourrais peut-être ne plus m’en vouloir. Je pourrais me pardonner.

Je crois que je vais faire ça.

Il est temps pour moi de vivre.


Trouver sa place dans le monde est-il encore possible ?

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City with people walking out of focus (by benzoix)

Il y a trop d’options dans ce monde. Trop de possibilités, trop de concurrence, trop de gens, trop d’idées, trop d’information et trop de conseils à suivre.

Comment suis-je censé trouver ma place au milieu de ce chaos ? Quel chemin choisir ?

Celui qui est qui guidé par mon instinct me répondrez-vous.

Certes, notre boussole intérieure reste notre meilleure arme pour faire le tri et aller vers ce qui nous correspond. C’est cette boussole qui nous permet de ne pas faire les choses parce qu’il le faut, mais parce qu’elles nous appellent et parce que l’on ne peut résister à cet appel.

Parfois notre mental, notre ego, notre fierté ou simplement nos peurs nous empêchent de suivre ce chemin instinctif vers notre place : Que vont dire les gens ? Est-ce que c’est vraiment cela que je veux ? Est-ce que je vais y arriver ? Etc.

Ce qui me perturbe à titre personnel, c’est qu’à différentes époques de ma vie, j’avais profondément le sentiment d’être à ma place.

Lorsque j’exerçais le métier d’ingénieur en informatique, je menais ce métier avec passion et j’étais d’ailleurs reconnu comme quelqu’un de professionnel et d’efficace.

Par la suite, en devenant fonctionnaire, j’ai nourri une vision du service public pendant une dizaine d’années avec pas mal d’engagement et il ne m’est jamais venu à l’idée que je n’étais pas à ma place.

Puis, pour des raisons que je ne détaillerai pas ici car ce serait trop long, j’ai décidé de développer ma vocation de coach, en devenant entrepreneur, car j’aimais aider les gens à progresser dans leur carrière. Là-aussi, ma place était toute faite et mon entourage me témoignait le fait que, oui, ce métier me correspondait parfaitement.

Jusqu’à ce que les choses bougent de nouveau et que j’assume enfin le fait qu’au-delà de tout ce que j’avais traversé dans le monde professionnel, je voulais juste divertir les gens et être aimé pour cela. C’est à cette époque-là que j’ai commencé à jouer mes premier sketchs et à monter sur scène. J’ai entendu une voix en moi, un voix venu de profundis qui m’a clairement dit : « Fais un One Man Show » et j’assumais enfin le fait que je n’étais pas ce que je pensais être.

Me voici donc humoriste depuis dix ans.

Ceci étant, suis-je vraiment à ma place ?

Si c’est le cas, cela signifie qu’il y aurait une place pré-déterminée pour chacun d’entre nous en ce monde. Nous serions tous destinés à trouver un endroit qui aurait été calibré et conçu pour que notre être puisse s’épanouir et jouer son rôle le monde et dans l’univers ?

C’est une pensée très agréable mais qui peut nous amener à une attitude individualiste et consumériste : où est ma place ? Puisqu’elle existe, je la veux puisque j’y ai droit !

Mais alors comment se fait-il que j’ai eu le sentiment d’en avoir plusieurs depuis près de 30 ans ?

Mes réflexions m’amènent désormais à penser que l’on peut se sentir à sa place à plusieurs moment de sa vie. Mais que l’on va changer, que l’on va évoluer et grandir et que, par conséquent, nous serons amené à laisser derrière nous cette place pour en trouver une autre.

Par ailleurs, je crois que le vocable « Trouver sa place » est trompeur. Je ne crois pas que nous puissions demander à trouver notre place. Je ne pense pas qu’il soit bon de vouloir trouver sa place comme un Graal absolu et immuable.

En revanche, en tant qu’humains, je crois que nous sommes destinés à prendre notre place. Je pense que la vie est faite pour que justement nous agissions, que nous faisions des choix et que nous menions les combats nécessaires pour atteindre et créer notre place.

Faire son trou disait les anciens. Faire son trou, cela demande de creuser.

Je pense sincèrement que rien ne nous est dû dans l’absolu et que nous sommes confrontés au tourbillon de la vie pour qu’au final nous agissions pour prendre notre place en faisant ce qui nous semble juste et qui nous permette de nous faire sentir comme appartenant pleinement à ce monde.

Au final, prendre sa place ne règle pas les problèmes que nous aurons en tant qu’humains. Cela ne signifie absolument pas que la vie sera faite uniquement de choses positives et agréables. Cela ne gomme pas les doutes ou les impasses, les douleurs et les chagrins.

Mais cela nous donne au moins le sentiment de ne pas marcher à côté de nous-mêmes. Et cela donnera un sens à notre vie.

Donner du sens. Pas trouver. Donner.

Si la vie avait un sens, on s’arrêterait de la chercher — Albert Camus