
Contradiction(s)
Je ne suis pas un scientifique. J’ai juste eu un parcours académique scientifique avec un Diplôme d’Études Universitaires Générales (un DEUG) en Mathématiques et Mécanique ainsi qu’un diplôme d’ingénieur en informatique. Cela fait juste de moi un amateur de sciences. J’ai une petite culture scientifique, mais très limitée. Disons que j’ai une sensibilité scientifique et une grande appétence pour les sciences. Voilà, là, je crois que je me suis bien bordé. Non, parce que quand on prend le risque de dire des conneries, autant prévenir à l’avance.
Ainsi, de tout ce que j’ai pu lire dans les ouvrages qui traitent d’Einstein et de son œuvre, le plus important que je retiens est la posture qu’il adoptait face à un problème, à savoir : « On ne peut pas résoudre un problème avec le même niveau de pensée que celui qui l’a créé. »
Pour l’instant, je pense que nous sommes victimes d’un cercle vicieux qui fait que nous pensons pouvoir régler au niveau planétaire, grâce à de la technologie, les problèmes que nous avons nous-mêmes créés grâce à la technologie. Nous restons au même niveau de pensée. Celui où il est question d’acheter, de vendre, de produire, de fournir, etc. Pour résoudre nos problèmes liés au fait de « produire, vendre, acheter, fournir, etc », il faut arrêter de vouloir trouver des solutions qui s’appuient sur « produire, vendre, acheter, fournir, etc ».
Un exemple qui illustre parfaitement ce cercle vicieux est celui de l’utilisation des réseaux sociaux pour critiquer le fait que les nouvelles technologies consomment trop d’énergie.
Imaginez un post qui explique que tous les équipements numériques du monde correspondent à la consommation énergétique d’un seul et même continent. L’information est édifiante, non ? Eh bien, lorsque l’information est sortie, qu’avons-nous fait ? Nous avons cliqué sur un pouce bleu ou nous l’avons partagée au travers de serveurs, de réseaux, d’applications numériques. Nous alimentons donc un système qui nous mène à notre perte en critiquant ce même système au travers du système lui-même.
C’est grandiose.
En voici une autre qui devrait vous plaire. Il existe sur YouTube une vidéo présentant des enfants obligés de travailler dans les mines de cobalt en République Démocratique du Congo. Ces enfants sont exploités et maltraités. Ils travaillent douze heures par jour dans les pires conditions, afin d’extraire le cobalt qui servira à nos téléphones portables. Et avec quel équipement visionnons- nous et partageons-nous ce genre de vidéos ? Voilà.
Pour résumer : dans la même action, nous utilisons un système d’esclavage que nous nourrissons dans la foulée pour mieux le critiquer. On respire, on boit un verre d’eau. Je vous laisse reprendre vos esprits. Il faut passer au cran supérieur de réflexion et cela signifie quoi ? Eh bien, je pense que déjà, il nous faut accepter la complexité de notre monde et surtout la complexité de notre humanité. Les deux cas cités précédemment sont juste humains car ils opposent la raison à l’émotion. Nous sommes pris d’émotion lorsqu’il s’agit de ces enfants maltraités dans les mines de cobalt. Alors nous partageons l’information car elle nous révolte, bien que la raison voudrait que nous ne nourrissions pas ce business du téléphone portable. Nous sommes en plein dans l’allégorie de la caverne platonicienne.
Rester dans la caverne de nos ressentis et se laisser gouverner par eux ? Ou sortir de la caverne pour réaliser combien rien n’est simple et penser un avenir collectif plus serein ? Le cœur face à la raison : le terreau de notre complexité, le berceau de toutes nos contradictions.
Acquis
Nos acquis nous verrouillent mais nous ne voulons pas le voir. Qui suis-je pour parler ? Je suis le pur produit de la génération « Caisse d’épargne ». Une famille qui vous crée un compte à votre naissance et qui y met des économies pour payer des études, trouver un job, avoir un appartement, etc. Si j’ai pu faire tout ce que j’ai fait jusqu’à présent, c’est parce que mon entourage s’est accroché à ses acquis pour que j’en bénéficie. Et c’est normal. Sauf qu’il est de plus en plus difficile de maintenir ces acquis. Difficile de mettre un peu d’argent de côté. Qui est coupable ?
Le coupable actuel en France pour beaucoup de français, c’est Emmanuel Macron. Il serait coupable de représenter le monde de la finance qui soutient ce nouveau monde. Sûrement. C’est vrai que notre Président a toujours annoncé cela. Mais qui cautionne ce nouveau monde ? C’est nous. En achetant du café chez Starbucks et des vols Ryanair low- cost. Combien de français râlent contre le fait que Amazon ne paie pas ses impôts en France tout en étant client chez ce même Amazon ? Au moment où j’écris ces lignes, nous en sommes au jour 1 du déconfinement suite à la pandémie de Covid19. Et devinez quel fût le réflexe de nombreux français dès la sortie de confinement : aller faire la queue des heures entières devant des boutiques comme Zara. Alors même que le virus est toujours présent et que nous risquons de nous prendre une deuxième vague si nous ne respectons pas la distanciation physique. Nous cautionnons ce monde. Nous le nourrissons. Nous voulons le nouveau en gardant l’ancien.
Je pense que l’on ne peut pas avoir tous les avantages de l’époque pré-mondialisation, façon Trente Glorieuses et en même temps vivre dans cette époque mondialisée avec tout le low-cost façon AliBaba et autres Amazon.
La mondialisation a permis à des centaines de milliers de gens de voyager à prix abordable, Paris-Madrid pour soixante euros. Et tout le monde en a bénéficié : les étudiants, les fonctionnaires, les ouvriers, les fous du développement personnel, les retraités, les cadres etc. Pour bénéficier de ce tarif-là, nous avons accepté de polluer encore plus la planète. Je ne dis pas qu’il faille culpabiliser mais il faut le voir, en prendre conscience. À défaut de trouver cela indécent, je meurs de rire quand j’imagine une personne qui vote France Insoumise, qui met la tête d’une marionnette de notre président sur une pique et qui en même temps se prend un billet chez Ryanair.
Si l’on ne veut plus de ce nouveau monde, lâchons sur nos acquis, que ce soient des vols, des croisières ou des objets. On peut même lâcher sur notre quinoa qui, amené par milliers de tonnes en bateau depuis l’Amérique du Sud, représente un coût carbone colossal. On voyagera moins. Les vols repasseront à 300 euros. Seuls les plus nantis pourront se le permettre. Mais nous polluerons moins. Vous lâchez vos acquis ou pas ?
Bits
Lorsque j’étais agent de la Fonction Publique, j’avais un très bon salaire, de très bons avantages et une sécurité de l’emploi. Je me souviens que certains jours je pensais clairement : « Mais comment font les gens du privé pour s’en sortir ? Si tu n’es pas fonctionnaire, ça doit être l’horreur. Et les entrepreneurs alors, ce doit être pire ! » Le confort fait de nous des lâches et j’en étais l’exemple parfait. Plus on me donnait, plus j’en voulais de peur de manquer. Le fait de devenir entrepreneur m’a guéri complètement de cette dépendance irrationnelle. Perdre de l’argent, surtout lorsque c’est le vôtre, vous renforce et vous permet de supporter ceux que d’autres osent à peine imaginer. Ceci dit, l’argent est quelque chose de sournois car plus on en a, plus on a peur de le perdre. Nous nous y accrochons, nous nous y agrippons pour masquer notre insécurité grandissante. C’est notre carburant pour exister et survivre. Nous sommes obligés d’en vouloir toujours un peu plus.
Et plus le temps passe, plus je me demande ce qu’est vraiment l’argent. À part une information stockée sur des serveurs informatiques. Ce à quoi nous nous accrochons donc en premier et le plus : des impulsions électriques. En effet, nous vivons une vie soi-disant réelle qui fait que nous travaillons quotidiennement afin de renseigner une information virtuelle stockée sur un serveur informatique. Si le chiffre n’est pas assez élevé, nous serons expulsés de notre appartement ou bien nous ne pourrons plus nous nourrir. S’il est suffisamment haut, nous serons acceptés dans tel ou tel cercle social.
Nous sommes dépendants d’un système virtuel qui décide si oui ou non nous pouvons continuer à vivre dans notre société. Avons-nous peur d’être victimes de la matrice dans le futur, quand les robots auront pris le pouvoir ? En réalité, nous sommes déjà dans la matrice. La matrice fait partie de la réalité. Pire que tout : non seulement nous subissons cette matrice, mais nous la nourrissons. Par nos clics, nos achats, nos voyages, nos comportements. Nous la gavons d’informations pour nous simplifier la vie et dans le même temps nous nous plaignons de la complexification de cette même vie.
Mais attention, il y a pire que l’argent (pardon, mais plus j’y pense, plus je me demande ce que c’est que l’argent, bref…) : au-delà de l’argent ce sont notre identité, nos droits, notre histoire qui sont aussi stockés dans ce système. Il suffirait que quelqu’un arrive à transformer toutes les informations concernant un individu pour que cet individu disparaisse complètement de notre société.
Des gens ont perdu leur identité parce que d’autres personnes ont pu l’usurper au travers de manipulations informatiques. Puisque le système stocke une information selon laquelle : « Jeanne Marie Hélène Dupont, né le 23 Mars 1970, à Strasbourg vît à Bordeaux depuis 1998. », c’est que c’est vrai et ce, même si la « vraie » Jeanne Dupont vit en banlieue parisienne. Si l’on fait disparaître quelqu’un virtuellement, il disparaît dans le réel de notre société.
Jean Baudrillard, philosophe et auteur notamment de Simulacres et Simulations, ouvrage qui a inspiré le film Matrix, l’avait prédit : la puissance de la matrice, c’est qu’elle est indissociable du monde réel. Pire, elle apparaît comme étant le réel. Nous pourrions tout remettre à plat, non ? Non bien sûr, car nous sommes dépendants de ce système. Mais une fois de plus, à quoi nous accrochons-nous ? Toutes les informations virtuelles qui stockent les montants de nos comptes en banque ne sont que des 0 et des 1, des bits informatiques. Et qu’est-ce qu’un bit ? Une impulsion électrique. Passer au niveau supérieur, c’est se dire : peut-on abandonner tous ces signaux électriques ?
« Attends Laurent, tu veux dire abandonner aussi ceux de mes économies, des plans d’épargne de mes enfants ? Mes applications mobiles ? » Je ne sais pas si j’en suis capable moi-même mais, une fois le recul pris, je réalise que nous travaillons et passons nos journées au travail pour accumuler des signaux électriques qui seront transmis à nos enfants ? Passer au cran de pensée supérieur pour résoudre notre situation actuelle, c’est donc réaliser que nous sommes dans une contradiction permanente du fait de la construction de notre cerveau. Notre âme est au cœur d’une lutte éternelle entre le conscient et l’inconscient. Le cœur et le mental. La pulsion et la réflexion.
Conflit(s)
À une époque de ma vie, j’étais vraiment convaincu que j’étais fait pour être fonctionnaire. Je ne pouvais pas être plus dans l’erreur. Beaucoup de personnes dans mon entourage se doutaient que je ne tiendrais pas jusqu’au bout, mais c’est quelque chose à laquelle j’étais complètement étranger. C’était une époque où j’arrivais à me convaincre de n’importe quoi. Je n’étais dirigé que par mon mental. J’avais tout en tête : mon plan, mes objectifs. Tout était programmé pour ne pas se laisser aller au chaos de la vie. J’avais toujours un coup d’avance : « Je passe cet entretien pour obtenir tel poste et comme ça, le coup d’après, j’irai sur tel autre poste. » Dès que j’arrivais à un endroit, je pensais déjà au moment où j’en partirais.
Sauf qu’apparemment mon organisme tout entier avait besoin d’autre chose. Mais vraiment de tout autre chose. C’est ce qui arrive lorsque l’on n’est pas connecté à qui l’on est vraiment. Rassurez-vous : ça va mieux. Mais encore maintenant, il n’est pas rare que je me fourvoie en essayant de me convaincre que je suis ceci ou cela alors que mon entourage, patiemment, écoute en pensant : « Mais oui, bien sûr mon grand, continue à te raconter des histoires. »
Au bout d’un moment, j’ai réalisé que malgré toutes mes grandes croyances et toute ma volonté, j’étais comme tout le monde : poussé à faire des choses que je ne voulais pas, mais dont j’avais profondément besoin. Même les pires conneries. « You can’t always get what you want, but if you try, sometimes you find you get what you need » (Tu ne peux pas tout le temps obtenir ce que tu veux, mais si tu essaies, parfois, tu découvres que tu obtiens ce dont tu as besoin.) disaient les Rolling Stones. Mais attendez. Cela voudrait dire que l’on ne décide pas vraiment de son destin ? Noooooooon.
Pour avoir suivi moi-même une analyse et m’être intéressé au sujet, j’ai le souvenir que le psychanalyste Carl Jung disait à quelques mots près : « Certains appellent cela le destin, moi j’appelle cela le subconscient. » C’est un conflit permanent qui se trame au cœur de notre boîte crânienne. Une lutte entre le conscient et l’inconscient.
Nos pensées, notre mental nous disent que non, il ne faut pas sortir avec cette personne, parce qu’elle ressemble terriblement à la précédente. Et tout à coup, notre subconscient revient en force et parce que c’est plus fort que nous nous replongeons dans une histoire où nous laisserons des plumes. Nous retournerons encore et encore dans la même histoire, une histoire ayant un niveau de complexité N, jusqu’à ce que nous ayons fait un constat, pris le recul nécessaire pour réaliser que nous n’en voulons plus, et que nous sommes prêts à passer au niveau N+1.
Heureusement, parfois ce sont aussi nos pulsions qui nous libèrent et nous permettent de nous sortir d’une raison trop castratrice. Véritables élans de vie qui nous feront agir sans réfléchir : nous traverserons le pays pour rejoindre un inconnu à peine croisé du regard ou nous nous lancerons dans une aventure professionnelle sans un sou mais avec la certitude que c’est ce qu’il faut faire. Nous voulons, et quand nous avons, nous ne voulons plus. Nous prétendons être ceci alors que nous préférons être cela. Nous disons consciemment et agissons inconsciemment. Nous créons l’absurde afin de mieux redonner du sens.
Pour ce qui est de notre destinée commune, je pense que nous savons ce que nous avons à faire pour mieux vivre, mais nous ne sommes pas toujours capables de le mettre en œuvre. Nous sommes fragiles et vulnérables. Tel Sisyphe qui poussait la même boule éternellement en croyant pousser chaque fois une boule différente, nous avons encore besoin de passer et repasser par les mêmes erreurs, les mêmes folies, les mêmes douleurs. Parce que nous avons progressé, nous ne voulons rien lâcher. Nous sommes arcboutés sur nos acquis parce que nous sommes effrayés de prendre un risque. Nous nous accrochons à ce qui nous empêche le plus d’avancer. Nous ne pouvons passer au niveau N+1 pour l’instant, parce que souffrir au niveau N est bien plus rassurant qu’être heureux au niveau N+1.
Nous voulons mentalement, sans pouvoir émotionnellement. Au final, nous ne savons pas ce que nous voulons vraiment. Donc nous sommes manipulables. Nous sommes des adultes pour nos enfants, mais nous sommes des nourrissons au regard de notre avenir. Le problème est que nous nous serons peut-être éteints avant même d’avoir atteint la puberté. Nous ne savons pas ce que nous voulons vraiment. Et tant que nous ne saurons pas ce que nous voulons vraiment, nous serons victimes des choix des puissants.