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Affaire Mila : la dérobade Royal

 

 

Dérobade

Je sais ce que vous allez dire : « Il y a une faute dans le titre de ce billet. Il faut accorder l’adjectif ‘royal’ avec le nom ‘dérobade' ».

Pas tout à fait, parce qu’en fait ici, Royal avec une majuscule, fait référence à Ségolène Royal et à sa réaction vis-à-vis de l’affaire Mila pour laquelle j’ai déjà écrit un article.

J’emploie ici le nom « Royal » en référence à un style comme on le fait depuis de nombreuses années en football avec la technique dite « Panenka ».

Une « panenka » est une technique particulière pour tirer des penaltys. Une technique inventée par Antonín Panenka, footballeur international tchécoslovaque.

Depuis, tout le monde fait référence à cette technique en la nommant par le nom de son créateur.

« Tiens, en finale, il lui a fait une panenka ».

Et bien, depuis quelques jours, Ségolène Royal a créé sa propre technique d’esquive : la dérobade Royal.

L’expression pourra être simplifiée et utilisée par tout un chacun : « Tiens, il ou elle, t’a fait une Royal. ».

En effet, je suis convaincu que cette technique deviendra un jour une expression du langage politique tant sa créatrice a su condenser en moins d’une minute et trente secondes toute les techniques de manipulation et d’esquive politiques connues dans l’univers visibles, le tout sous-tendu par un électoralisme à peine caché.

La Royal, est une technique d’évitement qui repose sur 3 piliers fondamentaux : absurdité, mauvaise foi et condescendance.

Et absolument pas sur des champignons, du fromage et du jambon comme la pizza du même nom.

 

La Royal : Absurdité

Madame Ségolène Royal, lorsqu’elle a été interviewée au sujet de l’affaire Mila a indiqué qu’elle ne soutenait pas la jeune fille.

Raison invoquée : Mila aurait du montrer un peu de respect vis-à-vis des gens qu’ils l’ont insultée et jugée pour son orientation sexuelle.

Rien que la phrase ne tient pas debout.

Montrer du respect pour des gens qui viennent de vous juger pour votre orientation sexuelle.

Pas mal.

Sauf que, Mila n’a insulté personne. Elle a critiqué, certes avec virulence et vulgarité, une religion.

De plus cette critique fût émise après qu’elle ait été elle-même victime d’insultes, notamment homophobes.

Donc, selon Madame Royal, Mila est coupable d’avoir réagi au fait qu’elle avait été victime d’insultes.

Madame Royal, un message à faire passer aux personnes  intolérantes qui avaient insulté Mila en premier lieu ?

 

La Royal : Mauvaise foi

La religion est une croyance, non incarnée sur terre, que l’on a le droit de critiquer en France.

Mila a critiqué une religion.

En aucun cas, elle ne s’en est prise aux individus.

Mais Madame Royal semble en avoir décidé autrement puisqu’elle dit sur le plateau de France 4 :

« Si Mila avait dit la même chose sur son enseignant, sur ses parents, sur sa voisine, sur sa copine, qu’est-ce qu’on aurait dit ? On aurait simplement dit ‘un peu de respect […]' »

Bien tenté Madame Royal, sauf qu’une fois de plus : une religion n’est pas une personne. On ne peut pas comparer des personnes à une religion. Même vous, vous n’avez pas ce pouvoir là.

En outre, l’exemple ne tient pas puisque les parents, l’enseignant, la voisine ou la copine de Mila n’auraient pas tenu les propos injurieux que Mila a du subir en premier lieu.

Et dans ce cas là, sûrement que vous auriez été la première à la défendre.

 

La Royal : Condescendance

Première déclaration de Madame Royal qui montre combien elle intègre les jeunes dans le débat national : « Je refuse de poser le débat sur la laïcité à partir des déclarations d’une adolescente de 15 ans. »

C’est-à-dire ? Quel est l’âge minimum pour pouvoir entrer dans le débat ?

Et quand bien même, ce ne sont pas les déclarations de Mila qui amènent le débat sur la laïcité sur le devant de la scène.

Ce sont les réactions hostiles, brutales et intolérantes qu’elles ont générées.

Ces réactions montrent qu’apparemment on ne peut pas dire ce que l’on veut sur les religions en France.

Et ça, apparemment pour Mme Royal, ce n’est pas une raison suffisante pour poser le débat.

Non, pour elle, il faut des vrais bonnes déclarations de personnes plus âgées avec des diplômes, des compétences, des responsabilités etc.

Déclaration supplémentaire : « Revenons à des choses sérieuses. Une adolescente qui est peut-être encore en crise d’adolescence… »

J’ai l’impression là de lire un propos sexiste et machiste du style « Ah mais les femmes, quand elles ont leurs règles…« .

C’est du même niveau.

C’est vrai qu’après tout, un adolescent ça ne peut pas être sérieux. Un adolescent, ça ne comprend rien au monde, ça n’a pas de conscience politique.

Un adolescent c’est juste un humain soumis à des émotions intenses.

Bien sûr, bien sûr.

Je me demande si le niveau de mépris que semble avoir Madame Royal pour certains de ses concitoyens est à son maximum ou si elle pense pouvoir encore plus pousser les curseurs.

Au cas où ce ne serait pas clair, vous avez maintenant compris le message de Madame Royal : pour être autorisé à se défendre en France, il faut être sérieux, âgé et ne pas traverser de crise personnelle.

 

Protection

Madame Royal ne s’en rend peut-être pas compte mais la victime dans l’histoire, c’est Mila.

Elle n’a pas enfreint la loi et pourtant, c’est elle qui est menacée de mort.

En revanche, les gens qui l’ont insultée en premier lieu et qui maintenant la menacent de viol ou de mort, eux, enfreignent la loi.

Mais selon Madame Royal, ces gens-là auraient dû être « respectés ».

C’est du même niveau que les propos machistes visant à expliquer que si une femme se fait violer, c’est que quelque part, elle l’a bien cherché.

Est-ce qu’en France, l’on a le droit de se promener en mini-jupe sans « mériter » un viol ? Absolument.

Est-ce qu’en France, l’on peut critiquer une religion sans être menacé.e de mort ? Absolument.

Il faudrait que Madame Royal comprenne que c’est justement parce que Mila est une adolescente et qu’elle s’est défendue, seule, comme elle a pu, qu’il faut la protéger.

Nous devons protéger nos enfants face à l’intolérance et l’obscurantisme.

On ne peut pas reprocher à Mila de n’être qu’une adolescente comme le fait Madame Royal.

Ce sont aux personnalités politiques et aux associations militantes de jouer leur rôle à fond et d’aller au bout de leurs engagements, en protégeant de jeunes gens comme Mila.

 

Une Royal s’il vous plaît !

Mila reste pour moi la seule, je dis bien la seule, personnalité courageuse dans cette histoire.

C’est elle qui a affronté et qui affronte de manière très isolée une vraie violence populaire, sans pour autant changer sa personnalité ni ce qu’elle est profondément.

Tout le reste, y compris ce billet, finalement, ce n’est que du blabla.

C’est Mila qui par son action nous montre ce que c’est que de dire ce que l’on pense.

C’est là un véritable acte féministe et citoyen.

Je trouve que les déclarations de Madame Royal font preuve d’un vrai manque de courage politique.

A moins qu’elle n’ait un intérêt à protéger ceux qui profèrent des menaces à l’encontre de Mila.

Va savoir.

Dans tous les cas, heureusement qu’il n’est pas question pour Madame Royal d’être candidate à une élection, on pourrait se demander quels citoyens elle accepterait de défendre en cas de succès.

Madame Royal a déclaré « Je ne suis pas Mila ».

Je vous le confirme Madame Royal : Vous n’êtes n’est que Madame Royal.

 

 

 

 

 

 

Affaire Mila ou l’émergence du féminisme apeuré

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Comment commencer ce post ?

Difficile.

J’ai toujours eu le sentiment que dans le mouvement féministe il y avait deux écoles.

L’école pragmatique des guerrières de terrain comme Simone Veil par exemple.

Et une école, beaucoup plus récente, que je qualifierai de bien plus idéaliste, bien plus centrée sur le principe, bien plus policée.

Est-il besoin de le dire ? Le combat féministe est fondamental pour notre société.

Lorsqu’on s’en prend aux femmes, c’est toute l’humanité qui en pâtit.

Je pense aussi  que lorsqu’on s’en prend aux hommes, c’est toute l’humanité qui en pâtit.

Pour résumer : lorsqu’un humain s’en prend à un humain, c’est toute l’humanité qui en pâtit.

Mais, mais, mais, ne nous égarons pas chers amis, ceci n’est pas le but de ce billet.

Je réserve cette partie là pour un chapitre de « Regard« .

Revenons à mon propos : Le combat féministe est fondamental pour notre société.

Et pour mener des combats, il nous faut des combattant.e.s.

Hors, dans le cadre de l’affaire Mila, les combattant.e.s que l’on attendait présent.e.s, virulent.e.s et mobilisé.e.s n’étaient pas vraiment au rendez-vous.

Euphémisme.

L’affaire Mila, c’est l’histoire de cette adolescente qui lors d’une séance vidéo en direct sur un réseau social a critiqué ouvertement l’Islam.

En fait, Mila n’est vraiment pas fan des religions et elle l’a dit clairement et vertement comme Jean-Marie Bigard l’aurait fait pour d’autres sujets.

Conséquence immédiate pour Mila: menaces de mort et insultes homophobes.

Normal : Mila a non seulement le défaut d’être franche, directe, d’avoir du courage et de s’assumer à visage découvert mais en plus elle est homosexuelle.

Ca fait beaucoup pour les esprits étriqués. Donc, raccourci immédiat classique: la morale et la punition. Heureusement qu’elle n’a pas évoqué le fait que la terre puisse être ronde, elle aurait déjà été lapidée.

A ce moment-là, tout le monde se dit, moi le premier : les associations féministes et LGBT vont monter au créneau et prendre sa défense. C’est leur grand soir.

Que nenni mes braves. Réaction très nuancée des intéressé.e.s, à savoir : Silence sur les radios, TV et réseaux sociaux et ce, pendant des jours.

Bon, on pourrait imaginer qu’ils étaient en stage de reconnexion à la nature ou en retraite spirituelle, le portable ne passait pas, ils fuyaient la société de l’information et de l’instant.

Cela aurait peut-être été préférable cat ce fût bel et bien un silence volontaire. Un silence qu’ils justifient d’ailleurs.

Lors d’une émission de radio (« Les grandes gueules », présentée Alain Marschall et Olivier Truchot), Gilles-William Goldanel a demandé à la porte-parole de l’association « Osez le féminisme », Alyssa Ahrabare, pourquoi son association n’avait pas pris le temps de se manifester sur l’affaire Mila.

Réponse de l’intéressée : C’est un sujet complexe.

C’est-à-dire ?

« Osez le féminisme » ne prendrait position que lorsque le sujet est simple ?

Le féminisme moderne, c’est  donc à la carte ?

Les combats à mener dépendraient donc de leur dangerosité ou bien des enjeux politiques d’arrière-plans qu’ils sous-tendent ?

Tiens donc…

Ah ben si c’est ça, maintenant je comprends mieux.

Je comprends que lorsqu’il s’agit de monter au créneau dans l’affaire Polanski, affaire où le terrain est largement déblayé depuis des dizaines d’années, là, c’est simple : on y va.

Et en plus, peu de risque à l’horizon, l’homme est connu et seul.

Lorsqu’il s’agit de se battre pour qu’on appelle autrice tout être humain de sexe féminin exerçant le métier d’auteur, là on y va sans hésiter une seconde : « Non, le patriarcat n’aura pas la main-mise sur les métiers d’entraîneuses et de médecines ». Quoi ? c’est pas ça le féminin de entraîneur et de médecin ?

En revanche, lorsqu’il s’agit de défendre une citoyenne, sans soutien médiatique, isolée, directement menacée de mort et donc de s’exposer aussi à une vague d’homophobie, de misogynie, d’injures et de menaces de mort, là, on met des gants et on prend des pincettes ? Et pour faire quoi ?

Rien

Quand Madame Ahrabare parle de complexité, est-ce qu’elle nous parle de sa peur ?

Je trouve cela déplorable. 

Je trouve que c’est dans ces moments-là que les mouvements militants ont tout leur rôle à jouer. Je pense que le mouvement féministe ne peut pas être qu’un mouvement de pensée visant à s’assurer que l’on arrête de vendre plus chers des rasoirs roses aux femmes.

Nous sommes loin, loi, très loin de Simone Veil.

Tout le monde parle de Simone Veil, pourquoi m’en priverais-je ?

Justement, c’est bien ça le problème. On ne pourra jamais qu’en parler.

Parce qu’il n’y avait que Simone Veil pour avoir le courage de Simone Veil.

Non, c’est faux.

Il y a aussi Mila qui a eu le courage d’affronter seule un courant de pensée obscurantiste comme le fît Madame Veil face aux députés anti-avortement en son temps.

Mila, qui, au final, est et demeure la seule féministe dans cette histoire.