Affaire Polanski : Au nom du Père

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Je suis père.

Si mon enfant avait été victime d’un pédophile, d’un agresseur sexuel ou tout autre pervers, je serai dévasté de douleur, rempli de chagrin et sûrement fou de rage.

Je souffrirais, connecté à la souffrance de mon enfant, avec le sentiment de ne pas avoir pu protéger la personne qui compte le plus pour moi sur terre.

Mais l’intensité de ces émotions ne varierait pas d’un pouce qu’on remette à l’agresseur une récompense artistique ou pas. Le mal serait là. Pour toujours.

A vie.

Si cette personne avait pour métier celui de Menuisier, Avocat, Comptable ou Plombier, je lui en voudrais toujours autant, sans recul et sans relâche.

Le simple fait qu’il existe et que je le sache en train de vivre, de boire un café ou de rire, suffirait sûrement à déclencher les émotions les plus brutales en moi.

Ce qui est sûr, c’est que si ma fille avait été la victime de M Polanski, ma colère serait sûrement décuplée, amplifiée, poussée à son paroxysme.

Car j’en voudrais aux vrais coupables, ceux qui ont laissé cela se produire.

Si j’avais été le père de Samantha Gailey, la première victime de M Polanski, j’en voudrais au Juge Laurence J. Rittenband, renommé comme étant un « dur », portant même le surnom « The Hammer » (le marteau) et je lui demanderais :  » Comment se fait-il qu’en premier lieu vous n’ayez condamné M Polanski qu’à trois mois de prison ?  »

J’ajouterais : « Comment se fait-il qu’au bout de 42 jours vous le libérâtes ? Vous trouviez que trois mois, c’était trop dur ? Ou est-ce que les faits ne permettaient pas de le condamner pour plus que cela ?« .

Mais surtout, je dirais :  » Comment se fait-il qu’en une nuit vous décidiez de transformer ces 42 jours en 50 ans, tout cela par pur orgueil, de peur de passer pour un faible, mais que vous soyez suffisamment bête pour prévenir d’abord l’intéressé, avant de le faire escorter par la police, provoquant ainsi sa fuite ? « .

Si j’avais été le père de Samantha Gailey, j’irais voir la justice américaine et je lui demanderais : « M Polanski affirme que ma fille avait des relations sexuelles par ailleurs au moment des faits, avec d’autres hommes, en plus de lui, et qu’elle en a témoigné devant le Grand Jury : est-ce vrai ? Que s’est-il passé concrètement ? Est-ce que c’est pour cela que le marché conclu de trois mois était le plus accommodant pour que tout le monde sauve la face ? « .

Je ne suis pas le père d’une victime. 

Je ne peux donner de leçons.

Mais c’est aussi pour cela qu’avec recul, je perçois qu’il y a une chaîne de responsabilités dans cette toute première affaire et que la justice américaine n’en prend aucune.

Cela me trouble car c’est ce premier événement qui détermine tout le reste.

Cet événement est fondateur car comme un effet papillon, il aura crée un contexte où il est impossible d’avoir une situation claire.

Soit le juge était fou, soit incompétent, soit c’était un pervers.

Qui prononce ainsi une sentence de trois mois, la laisse se dérouler tranquillement, annonce une réduction de peine sans sourciller, puis se met à « péter les plombs » en commençant à promettre cinquante ans de peine à une personne en liberté ?

Si M Polanski méritait plusieurs années de prison, pourquoi n’a-t-il pas été condamné en conséquence d’entrée de jeu ? Cela aurait évité toutes les affaires qui ont suivi ou du moins une partie.

A l’inverse, si les faits liés à ce premier procès ne permettaient pas, à l’époque, de le condamner à plus de trois mois, pourquoi le poursuivre ?

Pour rattraper leur débâcle sûrement.

Dans un tel cas, M Polanski n’aurait plus été un fuyard. 

Est-ce que tout aurait été réglé pour autant ?

Y aurait-il eu autant d’accusatrices après ?

Est-ce que M Matan Uziel qui a créé le site http://imetpolanski.com et qui a fait des promesses de récompenses à hauteur de 20.000 $ à toute personne acceptant de témoigner contre M Polanski (décrédibilisant ainsi tous les témoignages recueillis au travers de ce site), aurait eu envie de créer ce même site ?

Aurait-on pardonné à M Polanski et lui aurait-on remis un César en 2020, sans que cela fasse un tollé,  comme ce fût le cas pour d’autres éditions de cette même cérémonie ?

Est-ce que M Polanski aurait encore le droit de faire des films s’il avait été jugé une bonne fois pour toutes ?

Je n’en sais rien, mais j’ai le sentiment que non.

Je sais juste que, comme le montre l’affaire Weinstein et le jugement qui est en cours, ces affaires-là sont suffisamment complexes pour que justement, il y ait un jugement.

Peut-être que M Polanski devrait se rendre à la justice américaine ?

Vu comment celle-ci ne semble pas vouloir assumer ses errements d’il y a 43 ans, et vu qu’elle a refusé la demande de Samantha Gailey d’abandonner les charges retenues contre lui, il y a fort à parier que la justice américaine aurait sûrement envie de rattraper le coup pour satisfaire les attentes, non plus de justice, mais de vengeance d’une partie de la population.

M Polanski ne fera sûrement pas ce choix-là.

Je suis père.

Si j’étais le père d’une victime et que l’on n’est pas remis de César en 2020 à M Polanski, est-ce que vous croyez que cela enlèverait ma peine, ma souffrance ainsi que celle de mon enfant ?

Avec tous les Césars qu’il a déjà eus, les Oscars, les Palmes d’or, est-ce que le fait de n’avoir pas donné de César en 2020 aurait rendu les choses moins graves ?

Il serait toujours libre après tout.

Alors pourquoi le fait de lui donner un César devrait-il rendre les choses plus graves ?

Ce César remis est selon moi un prétexte.

L’académie des Césars sert de fusible légitime car elle est coupable de l’existence artistique et médiatique de M Polanski.

Elle témoigne qu’il est là, qu’il existe, qu’il a du talent.

Dans un contexte tumultueux et salvateur de libération de la parole des femmes, il faut pouvoir déchaîner les passions et s’en prendre à quelqu’un.

J’ai nommé l’Académie des Césars. Puisque techniquement, nous ne pouvons nous en prendre à la justice américaine.

J’ai le sentiment que les plus vifs détracteurs de M Polanski ne veulent plus qu’il soit jugé.

Ils ne veulent plus qu’il soit puni.

Ils veulent qu’il disparaisse, dans l’oubli.

Qu’il n’existe plus.

Je ne peux me mettre à la place d’une victime.

Mais si j’étais le père d’une victime, même mort son bourreau existerait toujours en moi, avec ou sans César.

Sources des faits : Le monde, France TV Info , Loopsider.

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