Affaire Polanski ou l’exercice empêché du pouvoir

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C’est une affaire complexe que l’affaire Polanski.

Un homme qui collectionne quasiment autant de nominations aux Césars que de plaintes pour viols et agressions sexuelles.

Question du moment : « Peut-on séparer l’homme et l’artiste ? »

La question est légitime mais selon moi, elle est mal posée.

Mal posée, car d’une part, elle est posée dans l’absolu, et d’autre part, elle ne soulève pas la vraie problématique.

En fait, j’ai le sentiment que, de fait, parce que la question est ainsi posée, elle crée la séparation tout en limitant le champs des réponses.

Et je pense que la séparation porte sur différents niveaux : celui de la moralité, de la légalité et celui de la juridiction.

Oui je suis d’accord avec vous, on va pas se bidonner avec ce billet.

C’est parti.

Moralité

D’un point de vue moral, je pense que  ce n’est pas parce que M Polanski est un bon cinéaste,  qu’il faille accepter et cautionner moralement les agressions dont il est accusé.

A l’inverse, ce n’est pas parce que cet homme est moralement infréquentable, que  la morale puisse atteindre sa production cinématographique.

Ses oeuvres n’ont en effet jamais vraiment porté atteinte à la morale.

Soit on juge l’homme pour sa moralité, soit c’est son oeuvre. Ce peut être les deux en même temps. Mais le jugement de l’un ne peut avoir de conséquence sur l’autre.

Pour clarifier si besoin : ce n’est pas parce que les actes de M Polanski sont immoraux, qu’ils rendent son oeuvre immorale. Ce n’est pas parce que l’oeuvre de M Polanski est morale, que cela rend ses actes moraux.

Cela semble évident mais je pense qu’il ne faut pas que le jugement moral d’une chose puisse être dirigé sur autre chose.

Oui, oui, je sais, moi-même des fois, je me donne mal à la tête.

Légalité

D’un point de vue légal, si M Polanski est reconnu coupable par la justice de tout ce qui lui est reproché, le fait qu’il soit un bon cinéaste ne doit lui apporter aucune clémence.

Ce n’est même pas un argument.

A l’inverse, si le film de M Polanski mérite une récompense, et qu’elle lui ait décernée, l’oeuvre n’en reste pas moins légale.

En remettant un César à M Polanski, on ne récompense pas ses actes dans le privés.

Juridiction

Du point de vue de la juridiction, qui a le pouvoir et la légitimité de condamner M Polanski pour l’ensemble des faits qui lui sont reprochés ?

La justice. C’est son pouvoir.

Mais la justice peut-elle enlever un César à M Polanski ? Absolument pas.

Qui a le pouvoir d’attribuer un César à M Polanski ?

L’académie des Césars. Cette même académie peut-elle le juger pour tout ce qui lui est reproché dans le civil ou au pénal ? Heureusement : non.

Séparation des pouvoirs.

Exercice

L’exercice du pouvoir.

Je pense que c’est cela qui verrouille le discours.

Dans le cas des césars, le pouvoir va s’exprimer bientôt. Le jury va pouvoir exercer son pouvoir de décision vis-à-vis de l’oeuvre de M Polanski.

Dans le cas de la justice, l’exercice du pouvoir n’a pas eu lieu complètement ou du moins a été empêché.

Je ne peux revenir sur tous les faits, tant il y a eu de rebondissements au cours des dernières années.

Je vous renvoie donc à cet article complet résumant l’affaire sur le site de FranceTV Info.

Là où je veux en venir c’est au constat suivant : Comment pourrions-nous répondre à la question « séparation homme/artiste », alors que nous ne savons même pas quel est le statut exact de M Polanski : est-il coupable sans condamnation ferme ? condamné à moitié puis fugitif ? justiciable pardonné en attente de jugement ? libre ? en fuite ?

Il a fuit un jugement alors qu’un accord avec la justice a été passé, mais après avoir purgé une première peine pour bonne conduite. Sa victime l’a pardonné puis d’autres témoignages ont émergé.

Bref, tout cela est très complexe.

La vraie problématique, selon moi, c’est que nous ne pouvons pas émettre un jugement nous-mêmes parce que la justice n’a pu exercer complètement son pouvoir sur les faits reprochés à M POLANSKI.

Et moi, et moi, et moi ?

En tant que citoyens ou en tant qu’êtres humains, nous pouvons avoir des ressentis personnels vis-à-vis de cette situation mais avons nous le pouvoir de juger ?

Puis-je juger et dire qu’il ne doit pas recevoir son César ? Non. Ce pouvoir n’est pas le mien. C’est celui de l’Académie des Césars.

Puis-je juger et dire que M Polanski ne devrait pas être libre ? Non. Ce pouvoir n’est pas le mien. C’est celui de la Justice.

Mathieu Noël, sur Europe 1 dans l’émission « L’équipée Sauvage » a posé la question suivante à Léa Drucker : »Iriez-vous remettre son César à Roman Polanski ?« . (voir la vidéo ici)

Et je me suis dit : que ferais-je moi ?

Après réflexion, je crois que oui, je lui remettrais son César, pour son oeuvre.

Mais si j’en avais l’opportunité, je lui dirai : « Bravo pour ton film, profite des applaudissements, mais je prie pour qu’un un jour tu passes devant un tribunal.

Si tu es reconnu innocent, tant mieux.

Mais si  tu es reconnu coupable de toutes les saloperies dont tu es accusé, c’est moi que tu  trouveras au premier rang, debout, pour applaudir la décision du jury ».

A suivre dans un prochain article où il sera question de pardon, d’oubli et de Bertrand Cantat.

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