Affaire Mila ou l’émergence du féminisme apeuré

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Comment commencer ce post ?

Difficile.

J’ai toujours eu le sentiment que dans le mouvement féministe il y avait deux écoles.

L’école pragmatique des guerrières de terrain comme Simone Veil par exemple.

Et une école, beaucoup plus récente, que je qualifierai de bien plus idéaliste, bien plus centrée sur le principe, bien plus policée.

Est-il besoin de le dire ? Le combat féministe est fondamental pour notre société.

Lorsqu’on s’en prend aux femmes, c’est toute l’humanité qui en pâtit.

Je pense aussi  que lorsqu’on s’en prend aux hommes, c’est toute l’humanité qui en pâtit.

Pour résumer : lorsqu’un humain s’en prend à un humain, c’est toute l’humanité qui en pâtit.

Mais, mais, mais, ne nous égarons pas chers amis, ceci n’est pas le but de ce billet.

Je réserve cette partie là pour un chapitre de « Regard« .

Revenons à mon propos : Le combat féministe est fondamental pour notre société.

Et pour mener des combats, il nous faut des combattant.e.s.

Hors, dans le cadre de l’affaire Mila, les combattant.e.s que l’on attendait présent.e.s, virulent.e.s et mobilisé.e.s n’étaient pas vraiment au rendez-vous.

Euphémisme.

L’affaire Mila, c’est l’histoire de cette adolescente qui lors d’une séance vidéo en direct sur un réseau social a critiqué ouvertement l’Islam.

En fait, Mila n’est vraiment pas fan des religions et elle l’a dit clairement et vertement comme Jean-Marie Bigard l’aurait fait pour d’autres sujets.

Conséquence immédiate pour Mila: menaces de mort et insultes homophobes.

Normal : Mila a non seulement le défaut d’être franche, directe, d’avoir du courage et de s’assumer à visage découvert mais en plus elle est homosexuelle.

Ca fait beaucoup pour les esprits étriqués. Donc, raccourci immédiat classique: la morale et la punition. Heureusement qu’elle n’a pas évoqué le fait que la terre puisse être ronde, elle aurait déjà été lapidée.

A ce moment-là, tout le monde se dit, moi le premier : les associations féministes et LGBT vont monter au créneau et prendre sa défense. C’est leur grand soir.

Que nenni mes braves. Réaction très nuancée des intéressé.e.s, à savoir : Silence sur les radios, TV et réseaux sociaux et ce, pendant des jours.

Bon, on pourrait imaginer qu’ils étaient en stage de reconnexion à la nature ou en retraite spirituelle, le portable ne passait pas, ils fuyaient la société de l’information et de l’instant.

Cela aurait peut-être été préférable cat ce fût bel et bien un silence volontaire. Un silence qu’ils justifient d’ailleurs.

Lors d’une émission de radio (« Les grandes gueules », présentée Alain Marschall et Olivier Truchot), Gilles-William Goldanel a demandé à la porte-parole de l’association « Osez le féminisme », Alyssa Ahrabare, pourquoi son association n’avait pas pris le temps de se manifester sur l’affaire Mila.

Réponse de l’intéressée : C’est un sujet complexe.

C’est-à-dire ?

« Osez le féminisme » ne prendrait position que lorsque le sujet est simple ?

Le féminisme moderne, c’est  donc à la carte ?

Les combats à mener dépendraient donc de leur dangerosité ou bien des enjeux politiques d’arrière-plans qu’ils sous-tendent ?

Tiens donc…

Ah ben si c’est ça, maintenant je comprends mieux.

Je comprends que lorsqu’il s’agit de monter au créneau dans l’affaire Polanski, affaire où le terrain est largement déblayé depuis des dizaines d’années, là, c’est simple : on y va.

Et en plus, peu de risque à l’horizon, l’homme est connu et seul.

Lorsqu’il s’agit de se battre pour qu’on appelle autrice tout être humain de sexe féminin exerçant le métier d’auteur, là on y va sans hésiter une seconde : « Non, le patriarcat n’aura pas la main-mise sur les métiers d’entraîneuses et de médecines ». Quoi ? c’est pas ça le féminin de entraîneur et de médecin ?

En revanche, lorsqu’il s’agit de défendre une citoyenne, sans soutien médiatique, isolée, directement menacée de mort et donc de s’exposer aussi à une vague d’homophobie, de misogynie, d’injures et de menaces de mort, là, on met des gants et on prend des pincettes ? Et pour faire quoi ?

Rien

Quand Madame Ahrabare parle de complexité, est-ce qu’elle nous parle de sa peur ?

Je trouve cela déplorable. 

Je trouve que c’est dans ces moments-là que les mouvements militants ont tout leur rôle à jouer. Je pense que le mouvement féministe ne peut pas être qu’un mouvement de pensée visant à s’assurer que l’on arrête de vendre plus chers des rasoirs roses aux femmes.

Nous sommes loin, loi, très loin de Simone Veil.

Tout le monde parle de Simone Veil, pourquoi m’en priverais-je ?

Justement, c’est bien ça le problème. On ne pourra jamais qu’en parler.

Parce qu’il n’y avait que Simone Veil pour avoir le courage de Simone Veil.

Non, c’est faux.

Il y a aussi Mila qui a eu le courage d’affronter seule un courant de pensée obscurantiste comme le fît Madame Veil face aux députés anti-avortement en son temps.

Mila, qui, au final, est et demeure la seule féministe dans cette histoire.

 

 

 

 

 

Un commentaire

  1. Très bel exemple d’humilité pour des soit disant défendeur de la cause féminine, mais pour ces associations ce sont les fond les plus important et on regarde le sens du vent

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